leur site
pegaillouns.free.frSans aucun doute, le concert avait été bon, au kiosque de la 'place des marronniers', la bien nommée par ses arbres peutêtre
centenaires qui permettaient un peu de fraîcheur en cette soirée du 14 juillet 1976. Le nombreux public et les musiciens
encore tout à leur succès se dépêchaient maintenant de gagner l'autre place du village, celle de circonstance – ne l'avait-on
pas appelée 'place du XIV Juillet', souvenir républicain d'une prise de la lointaine Bastille, prison parisienne quasi déserte et
victime expiatoire de l'Ancien Régime ? - où l'on promettait aux parentissois un de ces toro de fuego dont les landais sont si
friands dès qu'il s'agit de faire la fête ! « Rangez bien vos instruments à la salle de musique » insista le nouveau chef de
l'harmonie municipale, « parce qu'on ne la rouvrira pas après...». A bon entendeur, salut ! Et chacun de plier son pupitre
consciencieusement (avez-vous déjà plié un pupitre consciencieusement lorsque vous êtes aussi excité d'aller au toro ?), de
reposer l'instrument dans sa boîte après un nettoyage succin et un démontage rapide ; le rendez-vous de cette joyeuse soirée
approchait, pas de temps à perdre : vite, vite, tout le monde au toro !
-« Dis, René, c'est toi qui as la clé de la salle de répèt' », demanda le chef au fidèle clarinettiste basse que sa fonction de
directeur de l'école primaire (on ne disait pas encore école 'élémentaire') et son amour pour la musique avaient envoyé pas
mal d'entre nous apprendre le solfège et pratiquer un instrument... Il faut bien dire aussi qu'en ces années-là, à Parentis-en-
Born, chef-lieu de canton du nord des Landes, les hivers étaient bien longs pour ceux qui ne jouaient ni au rugby, ni à
l'harmonie... et donc, l'été venu, on se défoulait allègrement, comme des petits fous !
- « Allez, les enfants, pliez-moi tout çà, on ferme ! ». Qui aurait bien pu désobéir au maître d'école (car en ce temps-là, les
jeunes respectaient leurs maîtres...) ? La foule transhumante passait dans la rue, regardant fièrement qui un fils, qui une
soeur, qui une copine ou un voisin musicien se hâter de déposer son instrument et venir le rejoindre sur la place voir le toro. Et
puis après, il y aurait le bal !
- « Et si on allait jouer ? », hasarda José. « Qui connaît des morceaux 'banda' ? ».
Cinq ou six lascars complices, plus ou moins habitués à l'exercice (lors du voyage du foyer des jeunes l'année précédente),
ajustent leur bec et leur embouchure, remettent leur baudrier, attrapent mailloche et baguettes. On ne peut pas les rater avec
leur pantalon bleu marine et leur chemise blanche, la même tenue que pour le concert ; le répertoire est un peu juste, le coeur
à l'ouvrage est immense, et l'envie était trop forte : « Mè, que sount aqueths hous ? Sount pecs, lous drôles ! » s'exclame
Bisiau, le coiffeur, avant d'ajouter : « La banda, c'est pas de la musique ! ». Mais le succès est immédiat et les parentissois en
redemandent; dès les fêtes d'août, les petits 'pecs' animent le village... et les alentours !
Comme ils avaient raison !
Depuis ce fameux toro de fuego, il n'y a pas un seul 14 juillet où l'un de ces musiciens ne repense à l'entorse au bon goût de
ce soir-là ; pas un qui ne se dise que l'idée était excellente, qu'on s'est fait engueuler, mais que ça ne fait rien, comme des
chatons qui auraient croqué tout le rôti et prêts à recommencer à la moindre occasion, pour le plaisir de tous, musiciens bien
sûr, mais aussi public. Et puis, il y aura encore plein de soirées, rencontres, repas, sorties, de nouveaux musiciens avec leurs
idées neuves pour faire avancer la barque, des tempêtes aussi, des deuils dont on ne se remet jamais tout à fait.
De ceux-là, pas un qui n'ait tout à fait arrêté de jouer, même si ça n'est pas toujours avec la même banda, groupe
musical ou harmonie; certains sont partis, d'autres sont arrivés, tous ont fait plein de choses depuis, certains sont mariés avec
des enfants et d'autres pas, mais pour chacun de ces cinq ou six musiciens du départ, un peu fous, le 14 juillet 2006 sera un
grand moment de joie, de souvenir ... et une sacrée cure de jouvence ! Et même que s'il y avait un toro de fuego , on n'est pas
sûr qu'ils ne repartiraient pas, entouré par tous ceux qui ont fait à divers titre, musiciens ou bénévoles, membre du bureau ou
simple supporter, la beauté et la grandeur de la banda 'Lous Pegaillouns ( dou Born) '.
Quel bel anniversaire ce pourrait être, avant la « journée des anciens » du mois d'août, pour les quelque absents de mai...
La famille s'est agrandie, mais les racines sont solides ! « Sount pecs, lous drôles ! » : vous ne croyiez pas si bien dire ! On en
reprendrait bien pour trente ans...
Dès sa création, la banda rencontre un vif succès; un besoin de musique festive existait à Parentis et aux alentours, et "lous
Pegaillouns dou Born" [littéralement: "les petits fous du Born"] répondent parfaitement à cette attente!
Bien vite, le canton et ses environs sont 'colonisés' par la bonne humeur des parentissois qui font le délice des clubs
sportifs, des comités des fêtes et des campings! Grâce au soutien inconditionnel de quelques conseillers municipaux de
l'époque (au rang desquels Emmanuel Nevière mais surtout Louis Gorry, alors président du Syndicat d'initiative et qui
inaugurera en 1985 le local de la banda en hommage à son soutien indéfectible à l'association), "lous Pegaillouns" se font
connaître hors de leurs limites habituelles; ah, la belle sortie parisienne pour la "fête du mimosa" en 1978, ou la toute
première sortie officielle à Tabanac (33)! Mais on songe déjà à progresser = toujours avec le soutien de Mr Gorry, une sortie
"exploratoire" est organisée au festival de Condom (32); les participants à cette expédition étaient bien loin à l'époque de se
douter qu'un jour ils y seraient sacrés champion de France, voire Palme d'Or ! Bien vite, on se rend compte qu'il faut de
nouveaux morceaux pour enrichir le répertoire, de nouveaux musiciens, des instruments neufs! La banda qui fonctionne
parallèlement à l'harmonie municipale doit pouvoir acquérir son indépendance... et ça ne sera pas chose aisée! Des partitions
originales seront achetées à Saint Sébastien dès 1979 au cours de voyages épiques (c'est là-bas que j'ai eu mon premier
accrochage, ma pauvre R8 major !) et où la banda se produira d'ailleurs à plusieurs reprises.
Le début des années '80 voit une pénurie de musiciens parentissois: on soupçonne "certains" de coller à la banda une
mauvaise réputation. Biscarossais et 'escourçuts' débarquent en force dans la capitale du Born...pour le plus grand bien de la
banda! Comme quoi le métissage a du bon ! Le succès va grandissant partout où passent les "Peg's". Certains musiciens
n'hésitent d'ailleurs pas à retourner sur les bancs de l'école de musique pour progresser. Et l'appétit venant en mangeant, le
groupe tout entier progresse et se structure.
Un premier malheur touche de plein fouet les Pegaillouns = José Sanchez meurt en janvier 1981 " des suites d'une cruelle
maladie", comme on dit pudiquement. Membre fondateur, musicien de talent, élément modérateur, merveilleux camarade,
amoureux de la vie et faisant partager sa joie et sa bonne humeur communicatives, José a montré la voie à tous ses amis
dans diverses associations = courage, volonté, abnégation, sacrifice et discrétion sont quelques unes des nombreuses qualités
de ce camarade hors pair qui laisse un grand vide...et qui manque toujours à ceux qui ont eu la chance de le côtoyer. Les
musiciens de la banda se resserrent et repartent à l'assaut de la vie, comme pour mieux se venger de ce terrible coup du sort;
et que serait notre vie sans musique?
Après quelques participations plus ou moins fructueuses au Festival de Condom - dont une 'Trompette d'argent' en '83 qui
accouchera du premier enregistrement du groupe, dans la salle de répétition de l'harmonie municipale - , après le retour de
quelques glorieux anciens partis chercher fortune sous d'autres horizons, après quelques prises de bec avec "certains", après
la totale indépendance grâce à Jean-Luc Nadeau en octobre 1982, mais surtout après des heures et des heures de travail et de
répétitions sous la houlette du directeur musical Gilles Desquerre,"Lous Pegaillouns" décrochent leur premier titre de champion
de France assorti d'un Palme d'Argent au Festival International de Bandas y Peñas de Condom en mai 1984! Que manque-t'il ?
La récompense suprême = la Palme d'OR ! Preuve que l'on peut s'amuser en jouant "vraiment" de la musique, que la banda
est un style à part entière, qu'il n'y a pas de ségrégation dans la musique. Mission accomplie en 1985, le lac de Parentis en
sera jaune de bonheur pendant de longues semaines! Inutile de décrire la fantastique fiesta après chaque titre, vous pouvez
vous douter que certains ont eu du mal à arriver à l'heure au boulot, à l'école ou à la fac' ... 4 titres de Champion de France
couronneront le travail des parentissois: '84 et '85 comme nous l'avons déjà vu, '87 ( avec un 2ème Palme d'Argent) et enfin
le plus bel hommage à tous ceux qui se sont battus depuis les débuts pour défendre la musique de banda = 1990 (assorti
d'une 2ème Palme d'Or). Ces titres ont récompensé le travail acharné de ces musiciens dont beaucoup étaient autodidactes,
leur ont donné une sorte de légitimité aux yeux de tous ceux qui considéraient à tort la banda ( en général, et pas que les
Pegaillouns en particulier...) comme un art mineur, du bruit et rien d'autre.Mais les titres ne font pas tout, et c'est un plaisir
que de pouvoir rencontrer des groupes musicaux de la qualité de OumPaPa Band ( de Visé, Belgique), des espagnols de Tirri-
Tara, Los Biznietos de Celedon, Sama Siku, Turru Tara, Kilikariak, mais aussi nos amis Los Campesinos ( de Pouillon), Los
Muchachos ( de Peyrefitte-Nestalas), les Piccolos Braisos ou les Astiaous, les Abeilles et les Arsouillos, les Dalton's, la
Patxarrana, les Genêts, les Joyeux Vignerons du Muscadet ( qu'il faut toujours suivre pour bénéficier de leur précieux tonneau
étonnement et éternellement plein!), Zarpaï Banda, jusques-et-y-compris la banda de Bessine ( 5 titres à Condom ! ), St
Bruno, la Châtelaine, los Borrachos.... ou plus récemment Espéranza, lous Tiarrots, les Verts-à-Pieds, los Incognitos, les
Euscaliches... (pardon à ceux que l'on n'a pas cités, notre grand âge nous invalide...).
Depuis 1985, les Pegaillouns ont leur "maison", courageusement retapée par nos soins = l'incontournable Gaougnère qui
sert tout à la fois de local technique, de salle de réunion et de répétition, de bar et de cantine...et parfois de dortoir, en cas de
grosse tempête ! Mr Gorry ne pouvait pas nous faire plus plaisir en en étant le parrain !
Bien sûr, la banda a traversé quelques orages mais s'en est toujours sortie grâce au sens de la responsabilité de chacun;
des 6 ou 7 du départ en 1976, on a connu un point culminant pour Condom '87 où 54 Pegaillouns défilèrent en portant haut
les couleurs parentissoises et devant leurs supporters qui avaient affrété un car pour l'occasion! Un merveilleux souvenir
également pour ceux qui ont joué la même semaine à Genève et à Bilbao (août 1987).
Objectif : être des acteurs de la fête = Responsables aussi dans l'organisation de fêtes = la Nuit des Bandas, le premier
samedi de juillet qui accueille aujourd'hui plus de 4000 'hestayres' et 6 bandas ( quels progrès depuis les 186 présents lors de
la 1ère édition en juin 1986, animée par 2 groupes), grâce à des dizaines de bénévoles qui aident les Pegaillouns depuis tant
d'années et sans qui la banda ne serait rien, une bodega maintenant géante pendant toute la durée des ferias de Parentis (en
'87, il n'y avait pas grand'chose d'ouvert avant le coup de force des dirigeants de l'époque), le concert d'ouverture des
fêtes,...sans compter le nombre d'anciens responsables du groupe qui ont maintenant et à des degrés divers des engagements
qui au Comité des Fêtes de Parentis, qui à l'Office Municipal des Fêtes, qui à la Commission Taurine, associations et bodegas,
présentation et animation, sans compter...à la mairie ! Y aurait'il une "école" Pegaillouns ?
Depuis 1991, les fêtes du Sud-Est ont tendu leurs bras aux joyeux landais: Nîmes, Arles, Palavas, Fréjus applaudissent et
dansent au son des pasa-calles, jotas et autre fandangos qui peuplent le répertoire parentissois. Le salon annuel de
l'agriculture a aussi accueilli autre chose que des vaches folles ('98, '99)... du plus petit village landais aux grosses métropoles
(Bayonne, Mont de Marsan, et Dax pour saluer notre 30° saison de musique) partout les Pegaillouns sont accueillis et animent
les ferias!!
Des anecdotes? Mais nous en avons tous par milliers! Un petit faible pour celle de "Sakharov" que je laisserai à Zinzirre ou
DomiMarmotte le plaisir de raconter [pour se repérer, ça se passait lors du Festival de Condom en '84, pendant une averse
terrible, dans un hôtel de Gondrin sur le chemin du retour]... Ou comment la banda a pu enregistrer gratuitement sa 2ème
cassette, ou ce novillo que nous a dédié Emilio Oliva en souvenir d'une folle nuit à Saint Sever, ou comment nous avons pu
jouer 'Paquito' à Nîmes en se roulant par terre ( les spectateurs présents s'en souviennent encore...depuis 1992 !) ou encore
comment - avec JeanLuc de OumPaPa - nous avions improvisé un concert de sous-bassophones au confluent de la Douze et du
Midoux une nuit des fêtes de la Madeleine devant la bodega de l'ASPTT et tout une foule en délire, ou encore la finale du
Championnat de France de rugby avec la victoire de Parentis ( 1998), ou encore comment est né l'autocollant mythique ( vous
savez, le rectangulaire avec le bandeau rouge en travers reconnaissable entre mille et que vous avez mis bien en évidence sur
le pare-brise arrière de votre voiture, comme un signe de ralliement de tout bon hestayre, agrémenté lors du 25° anniversaire
par un rond reprenant le premier logo de la banda) y'a qu'à demander à chaque 'Peg', chacun à une brassée d'histoires ( plus
ou moins ) vraies à raconter !
Aujourd'hui, "Lous Pegaillouns" c'est une soixantaine de socios, une trentaine de contrats par an, où participent
une trentaine de musiciens en moyenne, toujours la nuit des bandas, le concert de fin d'année (dont 50 musiciens
pour l'édition dernière 2005, excusez du peu) qui permet un répertoire "élargi pour l'occasion", et c'est
évidemment une bodega géante durant les fêtes de Sent Bertomiu = on croirait qu'on n'y dort jamais en ce weekend
du mois d'août: les musiciens et la foule des bénévoles (que serait ce groupe sans leur indéfectible et fidèle
dévouement, on ne le dira jamais assez...)se relaient pour que bourdonne la ruche de la Gaougnère et procure du
bonheur à tous les hestaires.
Alors cher lecteur, cher ami, à bientôt parmi nous pour la musique, la féria, le plaisir de partager un moment ensemble, un de
ces moments que nous aimons et défendons dans notre chère Gascogne ! Et puis il reste tant de pages à écrire = nous
n'avons que 30 ans et la vie devant nous ! Jean-Luc, Gérard, Christophe, et Michèle... qui ont rejoint José ne nous le
pardonneraient pas...
Adichatz !
LOUS PEGAILLOUNS